CAS PRATIQUE

STRATÉGIE DIRIGEANT

INTRODUCTION

Les dirigeants de PME profitables se trouvent régulièrement confrontés à un dilemme fiscal : comment extraire des liquidités de leur société pour financer leurs projets personnels sans subir une double imposition confiscatoire ? 

Cette problématique devient particulièrement sensible lorsque l’entreprise génère des résultats confortables et accumule de la trésorerie excédentaire. Les solutions classiques – augmentation de rémunération ou distribution de dividendes – se heurtent à une réalité arithmétique implacable : le cumul des charges sociales et de l’impôt sur le revenu peut réduire de plus de 60% les sommes disponibles pour le dirigeant. 

Ce cas pratique illustre une stratégie d’optimisation méconnue : l’utilisation de l’épargne salariale (participation, PEE, PERECO) comme alternative aux canaux de rémunération traditionnels. À travers la situation de Monsieur Dupont, dirigeant d’une entreprise de fabrication de meubles, nous analysons comment une restructuration des flux de rémunération, couplée à la mise en place de dispositifs d’épargne salariale, permet de tripler l’efficacité patrimoniale d’un même budget. 

L’enjeu dépasse la simple optimisation fiscale : il s’agit de préparer efficacement la retraite tout en finançant des projets à moyen terme, notamment l’acquisition d’une résidence secondaire. 

Situation de départ et contexte

Monsieur DUPONT a débuté son activité dans la fabrication et la commercialisation de meubles sur mesure. D’abord salarié, Il a rapidement pu acquérir 10% du capital social de la SARL DURAND qui l’employait. Puis quelques années plus tard, à l’occasion du départ en retraite de Monsieur DURAND, il a racheté les 90% du capital social de la société que ce dernier restait détenir. 

L’opération s’est effectuée selon un schéma classique de type Leverage Buy Out (LBO), celui de l’apport des 10% détenus par Monsieur DUPONT au capital social de la SARL DURAND à une holding constituée ad hoc, la SARL DUPONT, cette dernière ayant ensuite pu faire l’acquisition des titres restant de la SARL DURAND, société d’exploitation, tout en se plaçant sous le régime des sociétés mères et filiales. 

Aujourd’hui, 15 années après le rachat, Monsieur DUPONT et son épouse ont la quarantaine. L’activité professionnelle fonctionne plutôt bien, le résultat de la SARL DURAND oscille entre 200 et 300 000 € après IS depuis plusieurs années maintenant et sa trésorerie est de l’ordre de 1 millions d’euros. 

La rémunération nette de Monsieur DUPOND est de 127 500€, elle est déclenchée au niveau de la société d’exploitation DURAND et Madame DUPOND est également salariée de la structure avec une rémunération annuelle nette de l’ordre de 33 750 €.

Objectifs patrimoniaux

Les époux DUPONT ont le projet de pouvoir faire l’acquisition d’une résidence secondaire. Ce projet est envisagé à moyen terme, en prévision de leur retraite.
Ils souhaitent également développer leur patrimoine personnel en prévision de la retraite et ne souhaitent pas, dans la mesure du possible, voir leur imposition augmenter.

Solutions envisageables

Parmi les solutions classiques, on pense en première intention à une augmentation de leurs rémunérations dans la SARL DURAND ou bien à une distribution de dividendes par la Holding DUPONT, de sorte de pouvoir augmenter les ressources permettant de faire face à un nouvel emprunt bancaire sans grever le budget familial existant.

Ces deux solutions classiques présentent des inconvénients en amont et en aval :
En amont, le renchérissement du budget rémunération de la SARL : la rémunération chargée d’un travailleur non salarié est de l’ordre de 145% du net et celle d’un salarié est de l’ordre de 181% du net. A l’identique pour une distribution de dividendes, ceux-ci supporteront les cotisations sociales, s’agissant d’une SARL, au-delà de 10% du capital social des primes d’émission et des apports en compte courant et des comptes courant.

En aval : Le coût de l’impôt sur le revenu. Les époux DUPONT se situant dans la tranche marginale de 30%, le net disponible n’est que de 70% du salaire net. A l’identique, pour la distribution de dividendes, le coût du prélèvement forfaitaire unique (PFU) aboutit à un net égal à 70% du dividende distribué.
On peut donc retenir que schématiquement, par tranche de 1 000 € :

Budget entreprise Rémunération nette
de charges
Rémunération nette
de fiscalité
Hausse de rémunération TNS 1 389 € 1 000 € 700 €
Hausse de salaire 1 800 € 1 000 € 700 €

Solution proposée

Mise en place d’épargne salariale : participation + PEE et PERECO

Le conseil a été donné de mettre en place de la participation au niveau de la Holding DUPOND, de sorte de pouvoir la flécher ensuite vers des enveloppes PEE et PERECO qui permettront de satisfaire les objectifs de Monsieur et Madame DUPONT. 

1°) Des étapes préalables sont toutefois nécessaires afin de sécuriser la stratégie: 

  • La transformation de la SARL DURAND en SAS et la nomination de la HOLDING DUPONT en qualité de présidente de la SAS. 
  • La délocalisation des rémunérations de Monsieur et de Madame en haut, au niveau de la Holding. 

2°) Le calage des budgets. Deux sources de flux distincts seront mises en place

  • La facturation de management fees par la SAS DURAND au profit de la SARL DUPONT pour rémunérer les services que cette dernière accomplira. Ceux-ci sont approchés à 242 610 €, afin de couvrir les rémunérations chargées des époux DUPONT (soit 177 030 € pour Monsieur et 60 750 € pour Madame), ainsi que de la taxe sur les salaires (4 830 €). 
  • La distribution de dividendes, variable selon les années, mais qui, compte tenu du résultat annuel récurent de la Holding (entre 200 et 300 K€) pourra aisément permettre, après mise en place d’un accord de participation, le versement de primes de participation individuelles égales au plafond maximum de 75% du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 36 045 € sur la base du plafond annuel 2026. 

3°) Affectation des primes individuelles de participation 

Les primes individuelles seront donc de 36 045 €. 

Elles ne seront pas distribuées mais capitalisées sur un Plan d’Epargne Entreprise (PEE) et un Plan d’Epargne Retraite Collectif (PERECO) afin de déclencher les abondements maximums par la Holding (soit 300% sans pouvoir excéder 16% du PASS pour le PERECO et 300% sans pouvoir excéder 8% du PASS pour le PEE).

Bilan

L’approche comparative de de l’épargne disponible annuellement pouvant être consacrée au projet immobilier est la suivante

Rachat sur PEE 

PEE Versement + abondement Retrait fin année 5
1 37 327 €
2 37 327 €
3 37 327 €
4 37 327 €
5 37 327 € 43 272 €

En considérant une performance financière annuelle de 3%, le net disponible annuellement en fin d’année 5 sur le PEE (prélèvements sociaux seulement) est de 43 272 € par personne, soit 86 544 € pour le couple. 

Hausse de rémunération
A budget iso pour la Holding, soit 37 327 € par personne, le net disponible en fin d’année, est de 33 334 € pour le couple.

Monsieur :

Budget SARL Net avant IR Net d’IR
37 327 € 26 883 € 18 818 €

 

Madame :

Budget SARL Net avant IR Net d’IR
37 327 € 20 737 € 14 516 €

(horizon retraite)

Pour chacun des époux, l’épargne en compte au bout de 15 sur son PERECO, soit 196 421 €, soit 392 842 € pour le couple en considérant un rendement net moyen de 3%. Ce capital pourra faire l’objet d’une sortie en rente viagère, fiscalisée au titre des rentes viagères à titre onéreux ou bien d’une sortie en capital pour laquelle seul le prélèvement forfaitaire unique sera appliqué sur les gains perçus. 

PERECO Versement + abondement annuels Épargne nette en compte à 15 ans
1 10 253 € 10 560 €
2 10 253 € 21 438 €
3 10 253 € 32 641 €
4 10 253 € 44 181 €
5 10 253 € 56 067 €
6 10 253 € 68 309 €
7 10 253 € 80 919 €
8 10 253 € 93 906 €
9 10 253 € 107 284 €
10 10 253 € 121 063 €
11 10 253 € 135 255 €
12 10 253 € 149 873 €
13 10 253 € 164 930 €
14 10 253 € 180 438 €
15 10 253 € 196 412 €